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Notre position

Nourrir un monde de plus en plus peuplé… malgré le changement climatique

La sécurité alimentaire est liée à la diversité des cultures

Dans dix ans, nous serons 8 milliards d’habitants sur Terre : presque un milliard de plus qu’aujourd’hui. D’ici 2050, nous serons peut-être plus de 9 milliards. Cette population mondiale de plus en plus nombreuse, il va falloir la nourrir : sur la même période, selon les estimations les plus conservatrices, la demande mondiale de produits alimentaires va augmenter d’au moins 50 %. Or la production alimentaire mondiale se heurte à des difficultés sans précédent : hausse des températures, aggravation des inondations et des sécheresses, nouveaux ravageurs, nouvelles maladies végétales.

Nous devons donc augmenter la production. Pour cela, puisque nous ne pouvons pas escompter une extension des terres arables, il faudra principalement accroître le rendement des cultures. Une bonne moitié des augmentations de rendement agricole réalisées à ce jour l’ont été grâce à des améliorations génétiques « classiques » : les sélectionneurs identifient les caractères utiles de variétés de plantes alimentaires existantes et les combinent pour développer de nouvelles variétés plus productives, plus nourrissantes ou plus résistantes au stress thermique ou hydrique.

Nous savons que la préservation de l’immense diversité des cultures dans le monde est le seul moyen de garantir aux agriculteurs et aux sélectionneurs la disponibilité de la matière première nécessaire pour s’adapter aux défis futurs. Pour sécuriser la production alimentaire mondiale, il faudra faire bien plus que de protéger la diversité existante : il faudra faire progresser encore l’agronomie, organiser des marchés efficaces, réduire les gaspillages alimentaires… mais rien de tout cela ne sera efficace si nous laissons perdre les fondements génétiques de notre production alimentaire.

Notre défi à tous est de produire plus de nourriture, d’une plus grande valeur nutritionnelle, sur moins de terres, avec moins d’eau et moins d’énergie, dans des conditions climatiques de moins en moins prévisibles. Nous aurons besoin de ressources génétiques plus diverses, stockées dans des banques de gènes et mises à la disposition de tous grâce à un système de conservation mondial efficace, pour assurer une fourniture stable de nourriture à un prix abordable. Le maintien de la biodiversité dans l’agriculture est indispensable à la sécurité alimentaire.

Vivre avec le changement climatique

Les Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat pourrait prochainement rendre publique sa prédiction d’une baisse de 2 % des rendements agricoles tous les dix ans. Si l’on confronte ce chiffre à ceux de la croissance démographique et de la forte hausse de la demande alimentaire, la catastrophe est en marche. Une agriculture résiliente face au changement climatique est une agriculture adaptable, fondée sur la diversité des récoltes : la réponse aux difficultés climatiques peut être apportée par des plantes du monde entier, notamment les parentes sauvages des cultivars domestiqués, qui peuvent survivre dans des conditions extrêmes.

Nous aurons besoin de toute cette diversité. Nous devons la recueillir, la caractériser, la rendre disponible dans un réseau mondial, l’utiliser afin de nous adapter à des conditions climatiques encore jamais vues. Parmi cette diversité, nous planterons les types qui vont prospérer et produire avec moins d’intrants, et parfois en séquestrant davantage de carbone dans les champs. Qu’il s’agisse d’atténuer les causes du changement climatique ou de nous préparer à ses répercussions, la diversité des cultures dans le monde représente un trésor d’inventivité humaine qui nous aidera à répondre à la menace créée aujourd’hui par l’homme.

Sauvegarder la biodiversité

La diversité originelle de la nature est en elle-même un trésor qui mérite d’être protégé. Malheureusement, le développement de l’agriculture s’est accompagné d’une grande perte de diversité génétique, et les espèces cultivées ne portent parfois plus qu’une fraction de la diversité de leurs parentes sauvages. La diversité naturelle inclut des gènes de résistance à la chaleur, à la sécheresse, aux ravageurs et aux maladies. Elle est indispensable à des productions plus savoureuses, plus nourrissantes et de rendement supérieur : les espèces sauvages sont une importante source de gènes pour l’amélioration des variétés cultivées.

On ignore combien de variétés traditionnelles ont disparu aujourd’hui, mais beaucoup subsistent dans les collections de semences créées au cours de cinquante dernières années. Celles-ci conservent le matériel génétique et le mettent à la disposition des sélectionneurs, des chercheurs et des agriculteurs, qui peuvent rechercher dans leurs bases de données, parmi des milliers d’échantillons divers, les moyens de rendre les plantes résistantes à la chaleur et aux maladies. Mais il faut jusqu’à dix ans pour développer une variété améliorée : il est donc urgent de sécuriser dès aujourd’hui les fondements de l’agriculture.

Aider les pauvres dans les zones rurales

La production agricole assure la subsistance de nombreuses populations rurales dans les pays pauvres. L’accès à des aliments abordables et nourrissants est indispensable au développement humain et économique. La diversité des cultures jette les bases de meilleurs rendements et de cultures alimentaires moins aléatoires pour aider les agriculteurs et les consommateurs des pays à faibles revenus.

Protéger notre patrimoine commun à l’échelle mondiale

Le Global Crop Diversity Trust (Crop Trust) œuvre à sauvegarder les plus importantes collections de diversité végétale dans les banques de gènes du monde entier. Tout le monde s’accorde sur l’importance de la diversité des cultures. Son travail répond à de nombreuses exhortations à agir lancées par la communauté internationale depuis une trentaine d’années.

Le Crop Trust est un mécanisme de financement essentiel du Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture, entré en vigueur en 2004 et ratifié par 129 pays. Ce Traité a été créé parce que les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture sont une préoccupation commune de tous les pays en ce qu’ils dépendent tous très largement de ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture venant d’ailleurs. » Cette interdépendance fondamentale rend nécessaire un système mondial pour protéger notre patrimoine commun et le rendre accessible et utile à tous.

Le système mondial de conservation ex situ doit être rationnel, autrement dit basé sur des rôles définis et une collaboration internationale, et aussi économique en cela qu’il doit éviter les doublements inutiles de tâches entre les différents acteurs. Il a aussi besoin de systèmes d’information solides pour assurer l’accessibilité et l’utilisation active du matériel génétique végétal.

Conserver pour toujours a un coût

Les collections de semences doivent être entretenues et conservées avec la plus grande vigilance : au moindre relâchement, le matériel génétique peut être irrémédiablement perdu. La conservation ex situ de la diversité agricole est, par nature, une tâche de longue haleine, qui ne finit jamais. Seul le soutien financier à long terme par un fonds de dotation peut sécuriser un système mondial qui est trop important pour le confier au hasard.

Le Crop Trust est en train de constituer une dotation de 850 millions de dollars, qui générera environ 34 millions de dollars de revenus par an. Cela permettra de sauvegarder la diversité des principales cultures alimentaires du monde dans des banques de gènes et de préserver ainsi les bases de la sécurité alimentaire. Un investissement de 34 millions de dollars par an pour la communauté mondiale, ce n’est pas cher payé pour une telle assurance.

Le Crop Trust s’est engagé à constituer sa dotation sur les cinq prochaines années. En 2016, une conférence internationale des bailleurs de fonds sera invitée à ajouter 320 millions de dollars au fonds de dotation actuel de 180 millions, pour le porter à 500 millions de dollars afin de protéger toutes les grandes collections internationales de cultures. En 2018, nous solliciterons une nouvelle dotation de 350 millions de dollars afin d’atteindre 850 millions et de protéger un pan encore plus large de la diversité agricole mondiale dans les collections nationales et dans la Réserve mondiale de semences du Svalbard.

Conclusion

Il est urgent de sauvegarder les éléments qui construiront l’agriculture de demain, en visant le long terme. Cette tâche est indispensable pour la sécurité alimentaire. Personne n’en conteste l’importance. Nous savons comment faire. Et nous pouvons le faire pour seulement 34 millions de dollars par an. N’attendons plus ! Le moment est venu.